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samedi 28 février 2009

Irak - ELECTIONS: L'envers du décor

Article de Gilles Munier, à lire dans AFRIQUE-ASIE

Pour la presse, le grand vainqueur du scrutin régional du 31 janvier est Nouri al-Maliki.
En réalité, les Irakiens n’ont pas vraiment eu le choix.

Élections : l’envers du décor

Article en pdf :

http://www.afrique-asie.fr/images_articles//40/54-55Irak.pdf

lundi 3 novembre 2008

Kouchner joue le "tout-répressif" en Irak


Kouchner joue le « tout -répressif » en Irak
par Gilles Munier
(Afrique Asie - novembre 2008)


Les délégations du régime de Bagdad se succèdent à Paris et Bernard Kouchner, le ministre de Affaires étrangères, met les bouchées doubles pour tenir des engagements pris avec le chef kurde Massoud Barzani et le premier ministre Nouri al -Maliki. Sous couvert d’aide à la réinstallation des entreprises françaises, le ministre joue la carte juteuse du « tout -répressif » en Irak. Après l’entraînement de policiers en Jordanie, il est maintenant question de formation de militaires en France, et de livraison de cinquante hélicoptères de « surveillance et de secours », c’est -à -dire de combat contre la résistance. À la suite d’une indiscrétion, on sait qu’ils sont proposés « au -dessous du prix de catalogue ». En septembre dernier, invité par Henri Proglio, PDG de Veolia Environnement, Saber al -Issawi, maire de Bagdad, avait enjoint les « grands bâtisseurs d’infrastructures, les Veolia, Bouygues, Alstom, etc. » à participer à la reconstruction du pays, leur proposant d’assurer leur sécurité.

L’ambassadeur d’Irak à Paris leur a en tout cas donné un avant-goût des luttes entre chiites dans l’import-export en sabotant la visite du maire, annulant sa rencontre avec Bertrand Delanoë, maire de Paris, et mettant en garde le Medef, l’organe du patronat français, contre lui ! Mi -octobre, une délégation de députés irakiens est passée inaperçue à Paris. Dommage que personne n’ait demandé à ces « démocrates», qui ont supprimé l’article 50 assurant la représentation des minorités dans les conseils provinciaux, ce qu’ils pensent du pogrom antichrétien, organisé avec la complicité de Massoud Barzani à Mossoul, pour pousser à l’exode plus de 10 000 électeurs. Apparemment Bernard Kouchner n’en a cure, il attend dans trois semaines la visite du chef de l’armée de l’air irakienne qui devrait acheter, entre autres, des armes et des pièces détachées pour matériels militaires.

mardi 30 septembre 2008

Enquête: L'Eldorado irakien




Enquête - Afrique-Asie
http://www.afrique-asie.fr/article.php?article=494

Les sociétés militaires privées occupent une place centrale dans la machine de guerre des États-Unis dans le monde. Elles intéressent la haute finance, à l’origine de cette logique de guerres permanentes et déjà propriétaire d’une partie du complexe militaro-industriel. Quelles sont ces sociétés ? Que font-elles exactement? Qui les possèdent? Quels sont leurs profits?

Le meilleur – ou plutôt pire – exemple de l’essor des activités des sociétés militaires privées est l’actuelle guerre d’Irak. Ce pays, en effet, s’est transformé en terrain d’action privilégié du nouveau marché de la guerre, avec le recours généralisé du gouvernement étasunien à ces firmes. Et, en tout premier lieu, à des mercenaires chargés de missions tactiques.

Mais l’Irak n’est pas le seul : on retrouve aussi les sociétés militaires en Afghanistan, employés notamment par la firme DynCorp, celle-là même qui. Le directeur de Control Risk Group, R. Fenning, explique : « Juste après l’invasion de l’Irak, des milliers d’étrangers sont arrivés pour participer à la reconstruction. Mais l’insurrection a très vite pris de l'ampleur. Ils ont compris qu’ils avaient besoin de protection et se sont tournés vers les armées de la coalition. Or, les officiers ont refusé de leur fournir des gardes du corps : ils n’avaient pas assez d’effectifs et savaient qu’ils ne recevraient pas de renforts. En réalité, les soldats étaient occupés à mener une guerre qui n'était pas censée exister. Alors, les entreprises ont décidé de s’occuper elles-mêmes de leur sûreté. Un énorme marché s’est créé du jour au lendemain… C’est une vraie révolution dans les mœurs de l’administration, qui aura des conséquences sur la conduite des guerres à venir. » (1)


Salariés entraînés, aguerris et disciplinés de MPRI, Blackwater ou Erinys ( lire article p. 18), les combattants privés auraient été 20 000 à la mi-2007, employés pour des missions dites « défensives ». Mais certaines estimations avancent le chiffre de 48 000 paramilitaires privés en activité, pour le compte de 180 sociétés (2), ce qui représenterait le deuxième contingent engagé dans le conflit et correspond au moins aux troupes alliées des États-Unis, soit 23 000 militaires.

En plus des effectifs prenant directement part aux combats, d’autres agents privés s’occupent du gîte et du couvert des militaires étasuniens, mais aussi de la maintenance de systèmes d’armes sophistiqués, comme les avions furtifs ou les bâtiments de la flotte les plus modernes, ou encore de l’ instruction militaire, des interrogatoires et des traductions…

Jusqu’en 2006, le rapport des employés des sociétés militaires privées aux effectifs des armées aurait été de un à dix, ce qui veut dire qu’il aurait été plus que décuplé depuis la première guerre du Golfe en 1991 . Le décompte de « civils » étrangers travaillant sous contrat privé présents en Irak pour y remplir des fonctions traditionnellement assurées par l’armée – y compris la remise en marche et le fonctionnement de l’industrie pétrolière – n’a pas été rendu public.

Le Pentagone communique très peu de chiffres : au printemps 2007, il a cependant reconnu la présence de 300 entreprises de toutes nationalités, employant plus de 125 000 agents en Irak – à comparer au pic de 162 000 soldats étasuniens.

Le 4 juillet 2007, le Los Angeles Times « Plus de 180 000 civils travaillent en Irak sous contrats étasuniens. Ce chiffre [182 000 exactement] comprend au moins 21 000 Américains. » (3) indiquait :
Parmi les combattants privés de la coalition, bien mieux payés que les soldats réguliers, figurent beaucoup de vétérans de l’armée étasunienne, mais également des Britanniques, sans doute en plus grand nombre que le contingent envoyé par le gouvernement Blair. Pour réduire leurs coûts de main-d’œuvre, les sociétés privées vont aussi recruter des militaires à la retraite d’Afrique du Sud – qui ont fait partie d’escadrons de la mort durant le régime de l’apartheid –, du Chili – dont certains ont servi dans les services de sécurité du général Augusto Pinochet –, de Bosnie, ou encore de s Philippines. Ils sont engagés, sous des contrats très flexibles et sur la base de rémunérations souvent cumulables avec leurs pensions de retraite, avec des qualifications allant d’agents de sécurité d’aéroports à la protection rapprochée des hautes personnalités du pouvoir de la coalition. En Irak, les recrues ayant quitté l’armée étasunienne pour aller vendre leurs services aux sociétés militaires privées ne sont pas rares.

En 2004, la société britannique Erinys, fondée trois ans plus tôt et dirigée par un ex-officier du Special Air Service (SAS) – les commandos d’élite de l’armée britannique –, avait déjà déployé à elle seule une force de plus de 16 000 personnes en Irak pour protéger les installations pétrolières. Des Français sont aussi présents là-bas, notamment ceux recrutés depuis octobre 2003 par Earthwind Holding Corporation (EHC), qui a plus d’une cinquantaine d’employés sur le terrain. L’une des plus anciennes sociétés militaires privées, Risk Advisory Group, a aussi ouvert en Irak les bureaux d’une de ses filiales, Janusian.

Fin janvier 2007, c’était la firme KBR – alors filiale du groupe Halliburton – qui était le premier contractant privé du gouvernement des États-Unis en Irak, grâce à plusieurs contrats en dizaines de millions de dollars remportés pour la gestion de bases et l’entraînement des troupes de la coalition (4). Un article du journal Houston Chronicle du 28 janvier 2007 soutenait que KBR disposait à cette époque d’un effectif de plus de 50 000 employés ou sous-traitants, en activité en Irak, mais aussi en Afghanistan et au Koweït (5).

En moins de dix ans, Blackwater USA est devenu l’un des acteurs majeurs sur ce marché. Ex- commando des forces spéciales de l’US Navy, gros donateur des campagnes républicaines et cofondateur de Blackwater en 1996 (avec E. Prince, fondamentaliste chrétien milliardaire), son président, G. Jackson, déclarait au Guardian en 2004 : « La firme a connu une croissance de 300 % en trois ans » (2001-2003) à partir d’ « un petit marché de niche » et dans un contexte où « la privatisation de la sécurité se généralise en Irak ».

L’essor de Blackwater est lié à la guerre au « terrorisme » que livre le gouvernement étasunien depuis le 11 septembre 2001 partout dans le monde. Son Training Center à Moyock ( Caroline du Nord), la plus grande installation privée de tir et d’entraînement des États-Unis, au sud de la base navale de Norfolk (Virginie), la plus grande base navale du monde ( 108 000 marins et marines, soit 11 milliards de dollars injectés par an dans l’économie locale) , a déjà formé plus de 50 000 militaires et agents des forces de l’ordre, notamment aux techniques antiterroristes.
En septembre 2005, après le passage de l’ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans, ses milices armées se sont substituées à la police locale plongée dans le chaos, afin de chasser, à leur manière, les pillards des rues.

À partir de sa spécialité de base (entraînement), elle a diversifié ses activités : pilotes de chasse, parachutistes, conducteurs de blindés… Début 2007, le groupe comptait 2 300 employés, déployés dans une dizaine de pays, mais pouvait mobiliser jusqu’à 21 000 personnes à partir de ses bases de données. Près d’un millier de ses employés, lourdement équipés (avions, hélicoptères, chars…), serait actuellement déployé en Irak.

C’est cette firme qui a reçu les 21 millions de dollars pour la protection de l’administrateur étasunien P. Bremer, jusqu’en juin 2004. Mais le total des contrats avec le gouvernement fédéral que Blackwater a décroché sur les cinq dernières années dépasserait le demi-milliard de dollars.
Après avoir obtenu, fin 2006, un contrat pour du personnel de maintien de l’ordre embarqué dans l’armée étasunienne en Irak et en Afghanistan, la société Military Professional Resources Inc. (MPRI) signait en avril 2007 un nouvel accord de 15 millions de dollars pour former des instructeurs au centre de contre-insurrection de Bagdad.

Cette firme , intégrée à l’opération « Iraqi Freedom », avait été créée en Virginie en 1988 par d’ex-officiers pour recruter des spécialistes placés au service du gouvernement étasunien et lui proposer son expérience opérationnelle des conflits armés. Son président, le général C. E. Vuono, a d’ailleurs commandé les troupes étasuniennes durant la première guerre d’Irak en 1991.

MPRI assure aujourd’hui l’entraînement des officiers de réserve aux États-Unis. Elle tient aussi des centres de recrutement (jusque dans les universités) qui, avec ceux de Serco, une autre société de Virginie servant de recruteur, ont engagé près de 15 000 soldats depuis le début de la guerre en Irak. Chaque recrue rapporte quelque 5 700 dollars à l’entreprise, qui intéresse ses recruteurs aux résultats.

En 2006, la firme comptait près de 3 000 permanents sur le terrain et disposait d’un fichier de 12 000 personnes mobilisables. À l’heure présente, elle opère dans une quarantaine de pays, en plus de l’Afghanistan et de l’Irak, et intervient dans plusieurs programmes financés par le gouvernement étasunien (6) .

(1) Le Monde , « La Guerre en privé », 4 avril 2007.
(2) New York Times , « Death Toll for Contractors Reaches New High in Iraq », 19 mai 2007.
(3) Los Angeles Times, « Private Contractors Outnumber U.S. Troops in Iraq », 4 juillet 2007.
(4) SourceWatch , http://www.sourcewatch.org .
(5) Houston Chronicle, « Contractors Deaths in Iraq Nearing 800 », 28 janvier 2007.
(6) Washington Post , « Army Tries Private Pitch For Recruits », 6 septembre 2006.
http://www.afrique-asie.fr/home.php

mardi 29 avril 2008

BABYLONE AU MUSEE DU LOUVRE



Pour la première fois en France, une exposition retrace, au musée du Louvre, le fabuleux destin de la ville mythique de Mésopotamie. Cinq mille ans d’histoire en 400 oeuvres uniques. Remarquable.


BABYLONE AU MUSEE DU LOUVRE:

http://mini-site.louvre.fr/babylone/FR/index.html


http://www.louvre.fr/llv/exposition/detail_exposition.jsp?CONTENT%3C%3Ecnt_id=10134198674083235&CURRENT_LLV_EXPO%3C%3Ecnt_id=10134198674083235&pageId=1


A lire: "Oh, Babylone!" par Bachar Rahmani paru dans AFRIQUE-ASIE (mai 2008):

mardi 25 mars 2008

'La soif de pétrole irakien' et 'Mongolies' à lire

Dans Afrique-Asie - mars 2008

La Soif de Pétrole Irakien
Par Gilles Munier

http://www.afrique-asie.fr/article.php?article=327

Mongolies
Par Habib Tawa
http://www.afrique-asie.fr/article.php?article=325


La grandeur des Turcomans irakiens
Par Gilles Munier

Publié dans AFRIQUE ASIE (Octobre 2007)

Histoire : Aujourd’hui marginalisé, ce peuple joua un rôle fondamental en Mésopotamie jusqu’à la chute de l’Empire Ottoman.

Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le nombre des Turcomans en Irak – ou Turkmènes, c'est-à-dire « vrais turcs » - est minoré. Ils seraient entre 2 et 3 millions, répartis sur un territoire qu’ils appellent Turkmeneli, s’étendant en diagonale du sud de la région autonome du Kurdistan, sur la frontière syrienne, à celle de l’Iran. Des Turcomans, nombreux, résident à Bagdad et à Erbil, ville turcomane octroyée aux Kurdes par la loi d’autonomie.

Originaires du royaume légendaire de Touran, les Turcomans se convertirent très tôt à l’Islam Ils s’installèrent en Mésopotamie bien avant la conquête de l’Empire byzantin par les Turcs, en 1453. Ils y jouèrent un rôle essentiel jusqu’à la disparition de l’Empire ottoman. Les premiers Turcomans arrivèrent de Boukhara en Irak au VIIe siècle. Ils étaient environ 4.000, recrutés par Oubeydullah Bin Ziyad, gouverneur omeyyade de Bassora, pour leur habileté au tir à l’arc. Un second contingent les rejoignit pour protéger Wasit, capitale de l’Irak fondée en 702 par Al Hajjaj ben Yusuf, un des plus terribles dirigeants que l’Irak ait connu.

Au VIIIe siècle, les califes abbassides Mansour, Rachid et Maamoun en firent l’élite de leur armée. En 835, 40.000 Turcomans s’installèrent à Samarra, nouvelle capitale bâtie par le calife Al-Mu’tasim, et se fixèrent à sa mort au sud de Kirkouk. La seconde vague turcomane pénétra en Irak à partir de 1055 derrière Tugrul Bey, prince turcoman seljoukide, qui libéra Bagdad de la domination bouyide. Maintenant pour la forme le califat, il fonda une dynastie qui régna sur l’Irak jusqu’à ce que le calife Al-Nasir s’en débarrasse en 1225.

L’atabeg turcoman de Mossoul, Imad ad-Din Zengi, devenu gouverneur d’Alep en 1129, déclara la guerre aux Croisés. Après sa mort, son fils Nour-Eddine envoya en Egypte Salah-Eddine Al Ayoubi – Saladin – un de ses officiers kurdes qui renversa la dynastie fatimide et libéra Jérusalem le 2 octobre 1187.

Au cours des XIIe et XIIIe siècles, d’autres atabegs turcomans, à Erbil et Kirkouk, dirigèrent des Etats quasi indépendants.La prise de Bagdad par les Mongols en 1258 mit fin au califat. Ibn Al-Alkami, vizir du dernier calife, qui les soutenait dans l’espoir d’installer sur le trône un descendant de l’imam Ali, fut maintenu à son poste par Houlagou Khan. Il est l’archétype du « traître chiite » pour les Irakiens, qui comparent son rôle à celui des groupes pro-iraniens avec les Etats-Unis.

Moutons Blancs et Moutons Noirs

Les Mongols ilkhanides occupèrent l’Irak jusqu’à ce qu’un de leurs généraux, Burzug Al-Jalairi, s’empare du pouvoir en 1334. Les Jalairides s’y maintinrent jusqu’en 1410. Sous leur règne, le pays fut envahi par Tamerlan, prince turcoman de Samarcande, qui ravagea Tikrit, Mossoul, puis Bagdad en 1401. Il repartit en laissant en Mésopotamie 100 000 esclaves turcs et en permettant à la tribu turcomane des Moutons Blancs (Aq-Koyunlu) de s’implanter durablement au nord de l’Irak. Les Moutons Noirs, ennemis héréditaires des précédents, prirent Bagdad en 1410, mais en furent expulsés en 1467 par les Moutons Blancs. La troisième vague turcomane arriva sous l’Empire ottoman, après la prise de Bagdad par Soliman le Magnifique en 1534, puis sous Mourad IV qui mit les Perses en déroute en 1638.

Les Turcomans irakiens sont majoritairement sunnites, de rite hanafite. Les chiites – 30 à 40% de la communauté – se divisent en duodécimains, Alévis, Qizilbaschs et Ahl-al-Haqq. Les Shabaks, autre minorité turque, seraient des Mongols "turquifiés" ou d’anciens Qizilbachs des troupes d’Ismaïl Ier, fondateur de la dynastie perse safavide. On compte également quelques Turcomans chrétiens qui résidaient dans la citadelle de Kirkouk, près du tombeau du prophète Daniel.

dimanche 2 mars 2008

La Soif de pétrole irakien, par Gilles Munier

Article publié dans
AFRIQUE-ASIE Mars 2008

Israël - Depuis sa création, l’Etat juif, sous boycott pétrolier arabe, convoite le pétrole de Mésopotamie. Il n’y est pas parvenu jusqu’à présent, malgré ses nombreuses tentatives Mais ses besoins, exponentiels, pourraient accélérer ses manœuvres.

Extrait :

Israël est, avec le Japon, un des pays dépendant le plus de l’extérieur pour ses approvisionnements pétroliers. Les milliards de barils qui dormiraient au pied du Mont Carmel, ou sous Jéricho, ne sont, pour l’instant, que rêveries d’évangélistes américains. Le ravitaillement du pays est un véritable casse-tête, d’autant que la consommation de pétrole par habitant, en perpétuelle augmentation, dépasse 7 litres par jour (8e rang mondial). Grâce à l’entregent d’hommes comme Zvi Alexander, « Monsieur pétrole » israélien, Israël a pu diversifier ses sources d’approvisionnement. Aujourd’hui, l’Etat hébreu est ravitaillé par la Russie, les anciennes Républiques soviétiques, la Norvège, le Mexique, des pays d’Afrique de l’Ouest et, fait moins connu, par … L'Egypte Mais les livraisons prévues par le Traité israélo-égyptien de 1979 – qui on couvert jusqu’au tiers des besoins d’Israël – s’avèrent insuffisantes.

Un rêve israélien

Israël rêve de pétrole irakien depuis 1948, date de la fermeture du pipeline Kirkouk-Haïfa pour protester contre la création d’un Etat juif en Palestine. Seul le Koweït, alors principauté sous tutelle britannique, a continué jusqu’en 1950 a lui livrer du brut. L’Iran pahlévi prit le relais, clandestinement, jusqu’à la révolution khomeyniste. Les Israéliens – travaillistes ou likoudniks – ont out essayé pour amadouer Bagdad, y compris traiter avec Saddam Hussein. Sans succès.

Avec les guerres du Golfe, les Israéliens sont passés à l’action. Les Kurdes, qu’ils soutenaient depuis les années 1950, arguant d’intérêts géostratégiques et d’ancêtres communs, étaient quasi indépendants grâce à la zone d’exclusion aérienne imposée par la coalition. Le Mosssad en profita pour renforcer ses positions dans l’appareil sécuritaire kurde et participer, avec Massoud Barzani, à la contrebande de pétrole générée par l’embargo des Nations unies. Parallèlement, Ahmed Chalabi, chef du Conseil national irakien, fut invité à Tel-Aviv où il promit d’ouvrir des relations diplomatiques avec Israël et le pipeline Kirkouk-Haïfa.

Début avril 2003, un commando des forces spéciales de la coalition s’empara des stations de pompage de l’oléoduc vers Haïfa (opération « Shekhina », présence de Dieu, en hébreu) entre Haditha et la frontière jordanienne, et Benyamin Netanyahou affirma que le pétrole irakien coulerait vers Israël, que « c’était une question de temps ». En août 2003, Yosef Paritzky, ministre des Infrastructures, fut convoqué à Washington pour étudier la remise en état du pipeline. Espoir déçu, car Chalabi a été écarté du pouvoir. Avec la montée en puissance de la résistance dans la région d’Al-Anbar, le tracé actuel semble définitivement abandonné.

Un Grand Kurdistan

Pour que le pipeline Kirkouk-Banyas, en Syrie, fût une solution de rechange, encore fallait-il éliminer les foyers de résistances entre Kirkouk et la frontière syrienne, créer un « Grand Kurdistan » et renverser Bachar al-Assad. En juin 2005, les Américains lancèrent l’opération « Matador » pour dompter les Turcomans hostiles à la main mise kurde sur leurs terres et le pétrole irakien. Sous prétexte de chasser Zarqaoui d’un de ses bastions, Tel Afar fut assiégé. Comme à Falloujah, les bombardements firent des milliers de victimes civiles. Les habitants qui se sont enfuis ont été remplacés par des Kurdes.

La Constitution de 2005, illégitime pour de nombreux Irakiens, permettrait à la Région autonome kurde d’anexer après référendum le gouvernorat de Kirkouk, une partie de ceux de Ninive et de Diyala, et le Sindjar. La résistance a fait échouer le projet – pour l’instant. Mais, en août 2007, l’attentat terroriste du Sindjar avec ses 500 morts, attribué au Parastin, le service secret kurde, a jeté les Yézidi qui y sont majoritaires dans les bras de Barzani – c’était son objectif.

Et la bataille engagée actuellement à Mossoul, sous prétexte de guerre contre Al-Qaïda, « nettoie » un peu plus les « territoires disputés » de leurs habitants ancestraux arabes, turcomans et assyro-chaldéens.

La Syrie résistant aux essais de déstabilisation étasunienne et française, le projet de bretelle Homs-Haïfa sur le pipeline existant a été abandonné, ne laissant à ses partisans que la signature d’un hypothétique traité de paix entre Israël et la Syrie, avec échange du Golan contre le passage d’un oléoduc vers Haïfa. Un remake, en quelque sorte, de l’accord négocié avec Anouar al-Sadate.

Un israélien nommé Fouad

A Tel-Aviv, Binyanin Ben Eliezer, ministre des Infrastructures plus pragmatique que ses prédécesseurs, étudie la faisabilité d’un oléoduc qui traverserait le Sindjar, longerait la Syrie et l’Euphrate et pénétrerait en Jordanie ; et parallèlement celle d’un quadruple pipeline sous-marin qui acheminerait vers Ashkelon, via le port turc de Ceyhan, du pétrole et du gaz géorgiens ou azerbaïdjanais – voire kazakhs – de l’eau, de l’électricité et des câbles en fibres optiques.

Né à Bassora, le général Ben Eliezer, dit Fouad, se présente comme un « ami des Arabes », mais sa réputation de boucher n’a rien à envier à celle d’Ariel Sharon. Il n’est pas seulement mêlé au massacre de Tal Al-Zaatar par les Phalangistes libanais en 1976 et de Jénine en 2002, ou à l’invasion de Liban en juin 1982, mais il est aussi accusé d’avoir fait liquider 250 prisonniers pendant la guerre de juin 1967. On attend toujours l’ouverture d’une enquête du Tribunal pénal international à son encontre, comme l’a demandé au Caire en 2007 le président de la commission des Affaires étrangères.

Détail important du projet de Ben Eliezer : selon le quotidien Haaretz (16 janvier 2007), l’oléoduc sous-marin pourrait être connecté à celui venant d’Irak. Le Kurde Hoshyar Zebari, ministre irakien des Affaires Etrangères avec qui il s’est congratulé devant les caméras au World Economic Forum de 2005, en Jordanie, ne demande qu’à coopérer. Le succès de cette opération dépend des exigences de la Turquie. En cas d’entente, le boycott pétrolier arabe perdrait tout sons sens.

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A lire sur le site France-Irak Actualité
http://www.gmunier.blogspot.com/


Sarkozy et l'Irak (1)
LA FRANCE VEUT SA PART DU « GÂTEAU » PÉTROLIER IRAKIEN
Marchandages prévus à Paris le 25 février….
« Bon appétit, Messieurs ! »